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Tenir l'espace

Tenir l'espace
"Tenir l'espace."


C'est une expression que je n'avais jamais entendu avant cette année 2025. Tout d'abord dans le milieu du breathwork, intimement lié à la spiritualité, mais aussi plus récemment dans le monde plus clinique, lors d'une formation dédiée à la kinésithérapie respiratoire.

Alors je me devais faire un article à ce sujet.

La première fois que j'ai été confronté à ce que c'était de "tenir l'espace", c'était lors d'une séance de breathwork où j'ai eu l'occasion de co-faciliter avec mon mentor.
Ses séances sont très intenses, les gens y viennent, ne se connaissent pas, et pourtant, ils se lâchent comme je n'ai jamais pu le voir.
Sans un bon ancrage, sans une bonne posture, il est difficile d'accompagner ces personnes dans leur processus de libération émotionnelle.
J'ai pu observer mon mentor gérer tout ce qui se passait d'une main de maître. Le toucher juste, la voix qui résonne, les mots qui ramènent à soi.
C'était une vraie symphonie en harmonie.
C'est là, que j'ai compris que j'allais avoir du travail.

Et cela doit être ça, de tenir l'espace.

Lorsque j'ai débuté, j'ai dû lutter contre mon propre ego, celui de vouloir faire et parfaire. Plutôt que de laisser les respirants... respirer, je le faisais à leur place. Je les dirigeais plutôt que de les accompagner.
Les gens restaient dans leur carapace, incapable de vivre pleinement l'expérience.
Je ne savais pas tenir l'espace car je n'avais pas encore créé le mien. Trop tendu dans ce perfectionnisme, trop figé sur le résultat, trop pressé d'avancer. L'artiste incarne son tableau tout comme le facilitateur reflète son espace.

On peut parler d'espace de transformation, mais aussi d'espace de libération. Quand j'y pense, cela se traduit sous de multiples formes.
Tout d'abord, il y a le lieu, matériel, propice au lâcher prise, au confort.

Imaginez vous entrer dans un endroit, vous savez que c'est pour vivre un moment intime, mais que le décor est austère, sans chaleur. Le cabinet médical sombre, aux murs décrépits.
Un lieu dénué de toute âme, aux lueurs blanchâtres et à l'odeur humide.
Que ressentez vous ? Seriez vous prêt à lâcher totalement prise ?

Bien que je cultive un état de non-jugement, je sais que lorsqu'on franchit le seuil de porte d'un lieu, nous sommes forcément dans cette première impression, qui peut nous dicter notre posture. C'est un comportement plus que naturel, auquel j'ai succombé de nombreuses fois. Une première impression se transforme alors en jugement et influe par la suite notre ego.

C'est pour cela que j'insiste à transformer mon cabinet de kinésithérapie lors de mes ateliers de breathwork. Pas uniquement pour ceux que je vais accueillir, mais comme une façon pour moi de ritualiser ce qui va se passer. Des bougies pour apporter un peu de magie, des guirlandes lumineuses pour réveiller des mémoires du coeur. Et il y a cette préparation qui m'est propre : de la méditation, de la respiration et des exercices du corps.

Vient alors la pratique, et de comment j'accompagne les respirants. C'est là que tout se joue. c'est là, qu'en tant que facilitateur de Breathwork, je dois tenir l'espace comme il se doit.

C'est une histoire de posture et d'intention.
En posant l'intention du don de soi, du partage, je créé un environnement propice au partage. C'est simplement de l'encadrement.
A travers les mots, je pose les bases et les fondamentaux de la pratique. Je montre comment la respiration agit sur le système nerveux, comment les émotions se logent et se figent dans le corps.
Et par mon intention d'accompagnement, ils reprennent leur pouvoir.

Quant à la posture, je ne suis pas là pour respirer à la place des individus, je suis là pour rester solide sur mes appuis, bien ancré dans la réalité et guider puis intervenir.
Cet ancrage, c'est ce qui me fait tenir mon propre espace lors des séances.
Par une pratique régulière du corps, de la respiration et de la méditation, mais également par mon approfondissement des connaissances, j'élargis mon espace. C'est comme si je devenais un contenant de plus en plus vaste.

J'imagine cela comme des poupées russes.
Je suis la grande poupée, dans laquelle les autres poupées tiennent.

A ce moment là, je crée un espace de confiance, où nous pouvons déposer les armes que nous tenons, faire tomber les masques que nous portons et dissoudre cette carapace qui nous protège du changement.

Et c'est la même logique dans la kinésithérapie, le même schéma qui se répète.
L'intention reste la même, celle de redonner le pouvoir au patient.
La posture est la même, établir cette relation de confiance patient thérapeute pour pouvoir l'accompagner dans son parcours.
J'accueille les patients. Et derrière chaque patient, il y a une histoire, non pas celle de la maladie, mais son propre vécu.
Je m'impose cette communication claire, sans voile, pas de posture savante, pas de jargon. Et je m'imagine à sa place, quelle confiance dois-je créer ?
C'est de cette façon, que je lui offre un espace qui lui permettra de sortir de sa zone de confort, tout en reprenant son pouvoir de décision.

Pour moi, qu'importe le lieu, qu'importe la pratique, un vieux cabinet ou un ryokai aux décorations zen, tant que l'intention et la posture de l'encadrant sont vertueuses, alors nous offrons la possibilité à l'individu de vivre une expérience hors du commun.

Je l'ai vu avec mon mentor, je le vois à présent dans mes séances.